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3/20/2005

Jacques Chirac, socialiste

Ce qui suit est la traduction d'un article paru dans The Economist du 19 mars 2005 (ici, article payant; voir ici pour contourner l'enregistrement.)


Le président français
Jacques Chirac, socialiste

Paris
Homme politique gaulliste expérimenté, Jacques Chirac est devenu, depuis qu'il est au pouvoir, l'un des dirigeants européens les plus à gauche.

Quand le président français, Jacques Chirac, a rendu visite récemment à José Luis Rodriguez Zapatero, le premier ministre socialiste espagnol, son hôte lui a fait un compliment plutôt inhabituel. "Certains se demandent peut-être", a dit M. Zapatero, "si Jacques Chirac est vraiment un dirigeant de centre-droit, comparé à d'autres que nous connaissons." Au cours des derniers mois, la paire semble être devenue inséparable, se rencontrant lors de sommets et se félicitant mutuellement de leur vision commune. Pour beaucoup hors de France, il peut sembler étrange que le dirigeant conservateur européen au pouvoir depuis le plus longtemps soit si avide de s'identifier avec un socialiste espagnol. Toutefois, l'affection de M. Chirac pour son nouvel ami espagnol ne devrait sans doute pas être une si grande surprise. Car M. Chirac est lui-même, actuellement, un des dirigeants européens les plus à gauche.
Regardez les arguments pour présenter M. Chirac comme un champion de la gauche. Sa récente proposition de créer un "impôt de solidarité international" sur les transactions financières internationales ou les ventes de billets d'avion, dans le but de financer le développement africain et le combat contre le SIDA, lui a valu les félicitations du lobby tiers-mondiste. "Le développement est à la fois le plus grand défi et la plus grande urgence de notre temps", a-t-il déclaré dans un discours diffusé au Forum Economique Mondial à Davos en janvier, décrivant la pauvreté de l'Afrique comme "moralement inacceptable." M. Chirac est aussi un écolo (en français dans le texte) certifié, ayant réussi à insérer sa charte de l'environnement bien-aimée dans la constitution française le mois dernier. Cela met le droit de vivre dans un environnement sain sur le même degré légal en France que les droits de l'homme, faisant du pays un pionnier de la protection de l'environnement - et de M. Chirac un sauveur potentiel de la planète.
Le président français n'a pas de rival dans son rôle de prote-parole planétaire pour l'anti-américanisme, une doctrine qui appartient habituellement à la gauche en Europe mais qui en France a également une longue histoire dans la droite gaulliste. A cela, il a ajouté son propre mélange d'anti-mondialisation, un rôle de globe-trotteur aux côtés de gens comme le président brésilien, et ancien dirigeant syndical, Luiz Inacio Lula da Silva, et le fait d'envoyer des représentants au Forum Social Mondial. De plus, avec sa politique étrangère pro-arabe au Moyen-Orient et son hostilité provocante à la guerre en Irak, il semble avoir une vision de gauche modérée du monde qui le mettrait à l'aise sur n'importe quel campus universitaire.
Dans le domaine économique, ce gouvernement n'est certainement pas un gouvernement de droite, cherchant à libéraliser le marché. En mai, M. Chirac célèbrera dix ans dans sa fonction. Il est difficile de détecter quelle marque sa décennies aura imprimé. Certes, il a partagé cinq années (1997-2002) avec un gouvernement socialiste, qui a mis en place des politiques telles que la semaine des 35 heures. Mais même cela, le gouvernement de centre-droit de M. Chirac, dirigé par Jean-Pierre Raffarin, n'a pas été pressé de le démanteler : ses réformes ont assoupli les règles, elles ne les ont pas renversées.
M. Chirac a continué à résister aux efforts de l'UE pour libéraliser le marché de l'énergie. Il bloque maintenant la directive "services", qu'il a qualifiée d'"inacceptable" et dont il a dit qu'elle devait être "remise à plat." Il a même réactivé une politique industrielle interventionniste. Et il a des tendances dépensières qui l'amènent à jeter de l'argent aux problèmes politiques, surtout quand ils débordent dans la rue - ce qui explique en partie la nette aggravation du déficit budgétaire français.
Rien que cette semaine, le gouvernement de M. Chirac était occupé à céder, encore une fois, à des demandes d'augmentations de salaires dans le secteur public, après qu'entre 600.000 et un million de manifestants ont défilé dans la rue. Ayant tenu pendant pas moins que trois jours, il a promis de rouvrir des négociations salariales, et n'a pas exclu une nouvelle augmentation du salaire minimum, après une hausse de 5,8% l'année dernière. Même Libération, qui penche à gauche, avait peine à y croire : "La volte-face du gouvernement, qui propose aujourd'hui d'ouvrir des coffres dont il jurait hier qu'ils étaient vides, donnera raison à tous les syndicalistes, et ils sont nombreux, qui croient qu'il ne sert à rien de discuter à froid et que le dialogue social est une entourloupe s'ils n'arrivent pas à la table de négociation avec un pistolet chargé. "
M. Chirac n'a pas entièrement quitté le territoire du centre-droit. Lors de l'élection de 2002, il a fait campagne en promettant de réduire d'un tiers l'impôt sur le revenu, et c'est toujours officiellement sa politique. Toutefois, les efforts combinés de quatre ministres des finances successifs n'ont obtenu qu'une modeste réduction de 10%. Il pousse également à la poursuite des privatisations : son dernier ministre des finances, Thierry Breton, a confirmé préparer Elecricité de France et Gaz de France en vue de les vendre. Mais la droite n'a pas le monopole des privatisations, une politique adoptée de manière toute aussi fervente, par certains côtés, par l'ancien gouvernement socialiste.
Quel est le bilan global de tout cela ? "Comparé au reste de la droite européenne - Berlusconi, Merkel, Aznar - il est certainement différent", commente un éminent socialiste français. "Ils sont à la fois plus libéraux et plus atlantistes." La politique économique de M. Chirac le place certainement à la gauche du britannique Tony Blair. Même l'allemand Gerhard Schröder a fait davantage que M. Chirac pour déréguler le marché du travail et réformer l'état-providence. On peut dire que son nouveau copain, M. Zapatero, est maintenant son plus proche allié idéologique.
Une explication pour l'adoption par M. Chirac d'un credo de gauche modérée, étatiste et instinctivement anti-capitaliste, pourrait être qu'il joue le même jeu post-moderne que M. Blair, volant les vêtements de son opposition avant l'élection présidentielle de 2007. Un candidat présidentiel français a besoin d'un large soutien au second tour, et le centre de gravité politique du pays se situe bien plus à gauche à celui, mettons, des Britanniques.
Une autre explication est que sa variété de conservatisme continental appartient à la tradition gaulliste qui, comme la démocratie chrétienne, se définit souvent précisément en opposition au libéralisme. Dans sa doctrine, le langage de la "cohésion sociale" et de la "solidarité" appartient tout autant à la droite qu'à la gauche. En d'autres termes, si M. Chirac n'a pas libéralisé, c'est simplement parce que, comme le dit un de ses conseillers, "il ne croit pas au libéralisme débridé."
Mais dire cela, c'est peut-être prêter à la politique de M. Chirac plus de cohérence qu'elle ne mérite. Ce qui est plus plausible, c'est qu'exactement 40 ans depuis son premier mandat électoral, il est guidé moins par des convictions que par un désir de conserver la paix sociale et d'éviter la confrontation. En tant que premier ministre à la fin des années 80, M. Chirac était considéré comme un réformateur énergique. L'âge et le pouvoir ont tempéré ce zèle; le consensus importe maintenant davantage que le changement. Au sommet de l'UE la semaine prochaine, qui envisagera des réformes économiques, la France sera encore une fois à l'arrière-garde, par à l'avant-garde. Malgré une croissance de son PIB de seulement 2-2,5% cette année, et un taux de chômage de 10%, les conseillers de M. Chirac prétendent qu'il n'y a pas grand chose à changer dans le modèle français. Essayez de dire cela aux sans-emploi.

1 Comments:

  • At 9:18 AM, Anonymous xray said…

    Élections :
    Les élections démocratiques : Un simulacre
    http://les-elections-democratiques.over-blog.fr/

     

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