Blog de délestage LSB

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3/01/2005

Che Guevara, criminel de guerre ?

Une mention de Che Guevara à la fin de ce message a donné lieu à un échange avec une lectrice (occasionnelle) admiratrice du guerillero.
La question mérite un certain développement : d'abord une mention des accusations contre Ernesto Guevara; puis la transcription texto de l'échange que j'ai eu avec cette lectrice. Afin de permettre d'éclairer la validité respective des accusations contre le "Che" et de la défense qu'en fait ma correspondante, je demanderais à tout lecteur ayant des informations ou des éléments bibliographiques auxquels renvoyer de bien vouloir les ajouter en commentaire (cliquer sur le "crayon" en bas.)

1. Les accusations

Je qualifiais à la fin de ce post Ernesto Guevara de "criminel de guerre", sur la foi de cette synthèse de Jay Nordlinger, journaliste à la National Review :

Le brouillard du temps et la puissance de l'anti-anticommunisme ont voilé qui était le vrai Che. Qui était-il ? C'était un révolutionnaire argentin qui servait comme le premier homme de main de Castro. Il était particulièrement connu pour avoir présidé à des exécutions sommaires à La Cabaña, la forteresse qui lui servait d'abattoir. Il aimait administrer le coup de grâce, la balle derrière la nuque. Et il adorait faire défiler les gens devant El Paredon, le mur rougi contre lequel tant d'innocents furent tués. De plus, il a établi le système de camps travail dans lequel des citoyens sans nombre - des dissidents, des démocrates, des artistes, des homosexuels - devaient souffrir et mourir. C'est cela, le goulag cubain. Un écrivain Américano-Cubain, Humberto Fontova, a décrit Guevara comme "une combinaison de Béria et de Himmler."

(Texte original complet en anglais ici.)

2. L'échange avec une lectrice

Je cite l'ensemble de la correspondance, mais les contestations factuelles des accusations de Nordlinger sont dans le troisième et dernier message.

Message de la lectrice, 28 février 2005:
J'ai consulté pour la première et sans doute la dernière fois votre
site calomnieux. Déjà, qualifier le film Ardentro de culture de guerre
me semble largement exagéré ; mais le comble est que vous qualifiez
Ernesto Che Guevara de "criminel de guerre". Je ne sais pas d'où vous tenez
cela, mais moi, je connais des gens qui l'ont bien connu et savent que
vous mentez. Savez-vous au moins ce que signifie "criminel de guerre" ?
Ne pensez-vous pas que vous devriez vous intéresser à la lâcheté de la
hiérarchie de votre église durant la dernière guerre mondiale ? Je veux
parler d'un certain Pie XII, décédé lui aussi un 9 octobre ( comme c'est
étrange ! ) , mais à qui Dieu, s'il existe, n'a pas accordé la grâce de
mourir en martyr, alors qu'il l'a fait pour le Che. Vous devriez savoir
aussi que le film "Carnets de voyage" a obtenu le prix du jury oeucuménique
lors du festival de Cannes, en raison justement des valeurs de fraternité,
de justice et de solidarité qu'il exprime. Avez-vous vu ce film dont vous
dîtes du mal ? Je ne sais pas quelle fraction de l'église vous représentez,
mais ce doit être un courant des plus réactionnaires et à l'opposé de celui
des théologiens de la Libération qui savent concilier leur foi avec
l'exigence de lutte pour la justice sociale. Je ne vous salue pas mais j'ose espérer que vous aurez le courage de publier ce droit de réponse que je m'accorde. Je signe mon nom en entier, compte tenu que j'assume la paternité de ce que j'écris, alors que vous ne donnez que vos initiales, (nom et ville)

Ma réponse, le 28 février 2005 :

Chère Madame,

les principales accusations contre Ernesto Guevara sont résumées ci-après (excusez l'anglais) :

(extrait du texte de Nordlinger, avec référence)

Il n'est dans mon intention de calomnier personne - mais auriez-vous des éléments de réponse à ces éléments ? Dans l'intervalle, étant donné l'impunité médiatique dont bénéficient souvent les communistes, je dois considérer M. Nordlinger, dont j'apprécie les écrits, comme fiable. En vous remerciant d'avoir pris la peine d'écrire,


Réponse de la lecrtrice, le 1er mars 2005 :


Monsieur,

vous reconnaissez donc que vous n'avez pas vérifié la validité des sources que vous citez. J'ai, effectivement des éléments de réponse à ce qui est écrit dans ce site des amis du grand capital, celui qui opprime et qui fait crever de misère les habitants du Tiers-Monde. Je n'ai pas les mêmes valeurs que messieurs Reagan et Walesa, ni mme Thatcher, la grande copine de Pinochet. Mais pour en revenir au Che, voici mes éléments de réponse. Tout d'abord, les procès ayant eu lieu à la Cabana au début de la révolution cubaine n'ont pas été sommaires : le Che vérifiait toujours la réalité des accusations portées contre les prévenus avant de prendre des décisions. Il y a eu des gens qui ont été fusillés, en effet, mais pas des innocents, bien au contraire. C'était des criminels, des violeurs, des tortionnaires. D'ailleurs, à cette époque, il y avait un prêtre franciscain chargé de confesser les criminels. Or, tout en gardant le secrêt dévolu à sa mission, il affirmait qu'il entendait en confession des horreurs bien pires que celles dévoilées lors des procès. Ces procès peuvent avoir été vus, de la part des USA, comme des réglements de compte, mais, vus de Cuba, ils ont permis de faire la distinction entre les véritables responsables et criminels de la dictature de Batista, et d'autres part les simples lampistes. Si ces procès n'avaient pas eu lieu, c'est le peuple qui se serait fait justice lui-même, et sans faire de différence. C'est aussi la raison pour laquelle il y a eu des procès publics. Le Che ne prenait aucun plaisir à cette tâche, qui l'a même rendu malade, et ceci d'autant plus qu'il était opposé à la peine de mort. A ce titre, et durant la guérilla, il ordonnait toujours à ses companeros de ne pas commencer à tirer avant lui. Ainsi, il n'y avait pas de morts ni d'orphelins inutilement. Il épargnait l'ennemi autant que c'était possible dands un tel contexte, et, si l'ennemi était blessé, il le soignait avec ses propres médicaments parfois, le nourrissait et ne l'humiliait pas. On peut bien-sur ne pas être d'accord avec le principe de la guérilla, mais il faut reconnaître qu'elle comportait une éthique exigeante. Voilà pour le soit-disant plaisir du Che à massacrer les gens.

Concernant maintenant les "goulags" cubains, il y avait bien un endroit qui s'appelait Guacanahibibes où allaient les fonctionnaires qui avaient commis des fautes, mais uniquement ceux qui le voulaient bien. De ce fait, Guacanahibibes est devenu un sujet de plaisanterie à Cuba, puisqu'on sait que ça fait couler beaucoup d'encre aux USA, et pour peu de choses. Le Che n'y a jamais emprisonné les homosexuels, ni les coupables de "délit d'opinion" puisque, précisément, pour lui, il n'y avait pas de délit d'opinion : chacun était prié de donner sob avis critique, y compris le plus humble.

Voilà donc ce que j'en sais : je pense que vos sources viennent des USA, où l'on a tout intérêt à faire passer le Che pour un criminel, d'autant plus qu'il est très populaire parmi les jeunes. Il est même possible que l'auteur du site dont vous parlez n'ait que des "informations" tout à fait indirectes et non vérifiables. Merci d'avoir répondu, (nom)